Les César ne sont pas ce qu'on croit !
La polémique avait enflé ces dernières semaines, bouh les vilains César élitistes qui n'avaient même pas daigné inclure Bienvenue chez les Ch'tis parmi les nommés (à une exception près). Et effectivement, les 20 millions de spectateurs du film n'avaient aucune chance de faire le poids face à Séraphine, vu par à peu près personne mais qui s'est offert le luxe de repartir avec sept statuettes ! Je trouve plutôt drôle que Yolande finisse star de la soirée, même si elle n'est pas Ch'ti, à côté des autres comédiennes présentes, elle a tout de même une touche Province et prolétariat qui n'a pas dû déplaire à Dany Boon, de même que son petit discours « le réalisateur a pensé à moi en me croisant au Super U, avis aux réalisateurs de talent, maintenant je vais au Monoprix ! ».
J'adore les cérémonies de remise de prix, à part les Victoires de la musique qui sont d'un snobisme et d'un ennui sans nom. Mais les César ! La magie opère à chaque fois... Tout le gratin réuni, les robes somptueuses, et l'émotion ! La grande famille du cinéma est sûrement un concept artificiel, malgré tout le temps d'une soirée on y croit avec le sentiment que l'Histoire du cinéma est en train de se faire.
Quelles images ressortiront des archives d'ici un, dix, trente ans ? L'émotion d'Elsa Zylberstein pour son César du meilleur second rôle (probablement le second rôle le plus premier rôle du cinéma !) ? Le regard plein d'amour de Monica Belluci pour son mari Vincent Cassel récompensé pour Mesrine ? Le casting de lycéens d'Entre les murs au grand complet sur scène ? L'hommage rendu à Claude Berry par une salle debout ? Amira Casar et Guillaume Galliène fredonnant The sound of silence ? Julie Depardieu qui glisse quelques mots à propos de son frère ? La simplicité d'Agnès Varda et son univers si personnel ?
Peut-être qu'existera un jour le César de la meilleure comédie ? L'idée n'est pas mauvaise même si elle demande en réflexion. En attendant, je n'ai pas vu dans les César un moment lugubre réservé à une élite. L'humour et l'émotion étaient intimement liés hier. Comment résister à la chaleureuse Emma Thompson venu remettre un César d'honneur à Dustin Hoffman ? A Florence Foresti qui profite de son scénario pour faire la danse de la séduction à Sean Penn ? A Elie Semoun tout simplement parfait en Tootsie ? A Carole Bouquet hilarante et surprenante en perruque mouton dans une parodie de pub ?
Et bien sûr à Dany Boon qui a fait table rase de son énervement en venant rendre une visite « surprise » haut de smocking et bas de jogging, tenue spéciale « nominés qui n'ont aucune chance de se lever » ! A défaut d'un prix, Dany Boon repart avec la réplique de la soirée : « Mon conseiller en communication m'a monté la tête. Il m'a dit : si à 40 ans tu n'as pas de César, t'as râté ta vie ! »