Le monde merveilleux de la prostitution by France 2...

Publié le par Coralie Marie

Hier, après le très original L'été où j'ai grandi sur Arte, j'ai bifurqué sur France 2 pour voir l'Infrarouge consacré à la prostitution avec un documentaire baptisé Les travailleu(r)ses du sexe. C'est un sujet qui m'intéresse et je suis toujours curieuse de voir la façon dont il est traité. Je dois avouer qu'au début du reportage, j'ai été très troublée par ces prostituées très sûres d'elles, au discours affirmé et maîtrisé, qui défendaient bec et ongles leur profession en nous assurant être heureuses loin de l'habituel statut de victime. Ca fait réfléchir, forcément. Surtout quand elles évoquent les autres formes d'esclavages du monde professionnel traditionnel.


Je ne me compare pas aux travailleurs clandestins ou aux miséreux du tiers-monde, néanmoins j'ai mon lot d'humiliations et d'exploitations quotidiennes, sans oublier toutes les fois où on me prend pour une grosse conne (il n'y a pas d'autres mots) !! Devais-je considérer leur sort plus enviable que le mien ?


Mais au fil des témoignages, mon sentiment a évolué et j'en suis revenue à mes convictions. Parce que franchement, la peinture soi-disant réaliste de la prostitution n'était que complaisance. Alors qu'on nous promettait le témoignage de clients, on a eu droit à deux cas totalement biaisés : le vieux monsieur amoureux de sa prostituée qui sera sa dernière femme (je vais pleurer) et un mignon handicapé qui confie les larmes aux qu'il ne pourrait pas vivre sans la prostituée qui embellit sa vie (je vais pleurer – bis). Je ne renie pas leur détresse, mais quelle vision angélique des clients !


C'était un peu le problème du documentaire qui laissait entendre que dans le monde il n'y avait que trois catégories de personnes : les pauvres hommes malheureux et brimés, les gentilles prostituées dévouées, et les vilaines femmes castratrices et cruelles. Parce qu'en tant que femme non-prostituée, c'est ce que je suis si j'en crois ce que j'ai entendu hier... Ah. Si je repense aux relations que j'ai eues (avec ou sans sentiments), j'y vois surtout respect, écoute, complicité et plaisir. Et je ne pense pas être une exception.


Au final, j'ai surtout l'impression que comme pour toutes les personnes dans une situation difficile, la fierté les pousse à embellir leur vision des choses et à se donner l'image positive que la société leur refuse. Il fallait les entendre promouvoir le lien qu'elles créaient avec leurs clients (mouais, ça reste une relation commerciale, le vrai partage est gratuit) ou énumérer les qualités nécessaires : parler plusieurs langues, savoir négocier, tenir une conversation sur des sujets variés, surtout avec des ministres (comme si cela avait de l'importance). Tant mieux s'ils/elles y croient, moi non.


Je veux bien entendre des discours modérés sur la prostitution, je veux bien croire que certaines/certains arrivent à le vivre plutôt bien. Mais pas dans le cadre de ce reportage qui évacue en deux minutes le problème des prostituées qui ne l'ont pas choisi, qui fait l'impasse sur la violence de la rue, qui laisse entendre que c'est un métier comme les autres qu'on peut arrêter sans problème une fois qu'on a fini de payer ses études ou sa maison (!), et qui ne s'intéresse pas au pourquoi du comment on en arrive à faire ça. Je ne sacralise pas le sexe, malgré tout je reste fondamentalement convaincue qu'il n'a sa place que dans une relation réciproque et libre, l'argent a beaucoup de pouvoir mais il n'achète pas le désir et j'aimerais que tout le monde en soit persuadé.

Publié dans Evénement

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Demota 22/03/2009 20:08

bien sûr qu'il existe des prostituées qui sont libres, pas sous les ordres d'un mac' qui les maltraite ! mais ce programme faisait genre qu'en fait, presque toutes les prostituées sont heureuses de l'être, que celles qui travaillent sous les ordres d'un proxénète le veulent (donc ne sont forcées à rien, capables de s'affranchir) et heureuses... bien sûr, certains témoignages étaient intéressants. mais quand même ! je parie que certaines jeunes filles se sont dit : si dans le futur je n'ai pas de situation, je pourrais toujours devenir pute ! après tout ça n'a pas l'air si terrible. enfin, tu as dit ce que j'en ai pensé de toute façon.

Coralie Marie 22/03/2009 20:25


C'est super grave je trouve !! Ca n'a rien d'anodin de faire ça, et donner cette fausse vision peut avoir une influence terrible, ça fait froid dans le dos !


Doris 21/03/2009 21:05

Je te suis sur toute la ligne et je trouve choquant que ce genre de reportage puisse passer sur une chaîne publique. Tel que tu le décris, ça me paraît tout le contraire d'un vrai travail de journalisme qui s'intéresserait à donner une image objective de cette réalité. On en viendrait à croire à une propagande pro-prostitution !

Coralie Marie 21/03/2009 23:54


Totalement ! Je crois qu'à la base, c'est un film belge (où la prostitution est légale), mais quand bien même, il n'y avait que des témoignages positifs !! Bien sûr leur parole est à prendre
en considération, mais là, on tombait vraiment dans la glorification. Et ça ne me semble pas franchement représentatif. Si j'étais un mec non-client, je me sentirais presque con en voyant ce doc !
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