Le 7e Juré, le procès d'une société raciste et sexiste

Publié le par Coralie Marie

Les années 60 ont le vent en poupe, l'effet anniversaire de mai 68 probablement. Le 7e Juré est l'adaptation d'un livre de Francis Didelot, qui a déjà été porté à l'écran en 1962 par Georges Lautner. Je ne connaissais pas l'histoire : un pharmacien tue une jeune femme qui lui résistait, et se retrouve juré au procès de l'homme accusé à sa place, un jeune algérien qui fréquentait la victime.

 

Indéniablement une vraie réussite. Etant une amatrice des films des Jaoui-Bacri et des Ascaride-Guédigian, je suis forcément sensible au talent de Jean-Pierre Daroussin ; sans surprise, il est parfait en petit bourgeois de province. Et même si son personnage n'est guère sympathique, il a toute notre affection quand il démontre avec brio en plein procès les faiblesses de l'accusation. Un peu plus et il se transformait en Monk ou en Columbo !

 

Le point fort de l'histoire, c'est évidemment son contexte historique. Au-delà des errements des invidus, c'est une vision terrible de la France des années 60 que ce 7e Juré dépeint. Assez comique d'abord, le puritanisme ambiant. J'ai bien ricané de les voir s'offusquer bruyamment quand l'accusé explique à la barre que la victime et lui ont fait « la chose », et qu'elle aimait lui griffer le dos. Oh mon Dieu, quelle vie de dépravés :-)

Moins marrant, le racisme ambiant. Un algérien, qui plus est ouvrier, est forcément coupable, et même s'il ne l'est pas, quelque part il mérite quand même la peine de mort. Triste réalité... Ca fait froid dans le dos de voir notables, magistrats et opinion publique fermer les yeux devant les aberrations du procès, et même celui qui trouve la (double) lettre d'aveu du pharmacien, afficher un dédain agacé pour la vérité...

 

Naturellement, c'est aussi une France misogyne qu'on perçoit dans le 7e Juré. Au procès, on ne manque pas d'évoquer la vie sentimentale débridée de la jeune femme, le rituel de « elle l'a bien cherché » en quelque sorte... Il y a également la femme du pharmacien (Isabelle Habiague) qui, une fois mise dans la confidence, met tout en oeuvre afin de sauver son mari, pour finalement découvrir qu'il ne ressent pour elle que de la haine (au point de l'étrangler elle-aussi).
Et toute l'histoire est là... Cet homme est prisonnier des conventions de la société, il traverse sa vie sans la vivre et reporte sa frustration sur les femmes, au point de devenir un violeur et un meurtrier quand il ne réfrène plus ses pulsions. Je ne sais pas si tout le monde l'aura perçu comme moi, mais je trouve intéressant que le violeur que l'on nous montre ne soit ni un soudard, ni un pervers, mais juste un mec normal, et même plutôt gentil. Parce que c'est le vrai visage de la violence faite aux femmes : quotidienne et insidieuse.

Publié dans Evénement

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Sonia, MISS BLOG 2008 17/05/2008 11:03

J'ai beaucoup apprécié ce film hier.
Jusqu'au dernier moment, j'ai vraiment pensé qu'il allait se lever en hurlant "je suis le vrai coupable"...
La fin est un peu en queue de poisson tout de même.
Que dire de l'attitude de ce gendarme face à la condamnation d'un innocent ? Il fallait une victime, et celle désignée l'arrangeait bien.
Et tout ce microcosme de gens "bien comme il faut" ?
Belle peinture de société en tous cas.

Coralie Marie 17/05/2008 11:18


La fin est vraiment amère, rien ne semble pouvoir arrêter l'injustice mise en route !! Et sinon, je parle de toi dans ma note de demain :-)


Shopgirl 17/05/2008 10:04

C'était en effet un téléfilm assez étrange parce que son personnage principal n'est pas celui auquel on s'attend, il a effectivement cette part de "normalité" qui fait froid dans le dos. Ce qui m'a soufflée, c'est qu'il aille jusqu'à s'impliquer dans le procès !

Mais la fin est encore plus surprenante: pas question de faire de vagues, on jette la lettre o_O, tant pis pour la vérité !

Coralie Marie 17/05/2008 10:35


C'était terrible de le sentir à deux doigts de se faire découvrir dès qu'il ouvrait la bouche, mais quand la justice a décidé d'être aveugle... Le pire, c'est que les tribunaux doivent regorger
d'histoires comme celle-là !